En relisant Vie et opinions de Tristam Shandy, de Lawrence Sterne (traduit par Charles Mauron), je ne résiste pas à l'envie de partager avec vous une formule d'excommunication rédigée par Ernulphus, évêque de Rochester du XIIe siècle, qui est reprise dans cet excellent ouvrage. Pour les catholiques, Dieu est Pardon, mais le moins que l'on puisse dire, c'est que les dirigeants de son Église l'ont souvent oublié...
« Qu'il soit damné où qu'il puisse être, dans sa maison ou l'étable, le jardin ou le champ, sur la route ou le sentier, dans le bois, dans l'eau ou dans l'église ! Qu'il soit maudit dans sa vie ou dans sa mort. Qu'il soit maudit en mangeant et en buvant, dans sa faim et dans sa soif, dans son jeûne, dans son sommeil et dans son demi-sommeil, qu'il marche, qu'il s'arrête, qu'il s'asseye, qu'il se couche, qu'il travaille, qu'il se repose, qu'il pisse, qu'il chie, qu'il saigne ! Qu'il soit maudit dans toutes les fonctions de son corps ! Qu'il soit maudit intérieurement et extérieurement, qu'il soit maudit dans les cheveux de sa tête ! Dans ses tempes, dans son front, dans ses oreilles, dans ses sourcils, dans ses joues, dans les os de ses mâchoires, dans ses narines, dans ses dents de devant et dans ses molaires, dans ses lèvres, dans sa gorge, dans ses épaules, dans ses poignets, dans ses bras, dans ses mains, dans ses doigts ! Qu'il soit damné dans sa bouche, dans sa poitrine, dans son coeur et son intérieur jusqu'au tréfonds de son estomac ! Qu'il soit maudit dans ses reins, dans son aine, dans ses cuisses, dans ses génitoires, dans ses hanches, ses jambes, ses pieds, dans les ongles de ses orteils ! Qu'il soit maudit dans toutes les jointures et articulations de ses membres, du sommet de son crâne à la plante de ses pieds ! Qu'il ne lui reste plus de sens ! Puisse le fils de Dieu vivant et toute la Majesté de sa Gloire le maudire. Puisse le ciel et toutes les puissances qui s'y meuvent s'élever conter lui, le maudire et le damner à moins qu'il ne se repente et fasse pénitence. Ainsi soit-il. Amen. »
Comme aurait dit Léodagan de Kaamelott : « Ernulphus, c'était pas Jo l'rigolo ! »
LAWRENCE STERNE (1713-1768)
Écrivain irlandais
Lawrence Sterne devient pasteur anglican après des études au Jesus College de Cambridge. Il épouse Elizabeth Lumley deux ans plus tard. Il mène alors une vie libre, assez oublieuse de ses devoirs d'homme d'église, chasse la perdrix, et fréquente d'anciens étudiants de Cambridge, avec lesquels il s'amuse. A l'âge de 46 ans, il fait paraître Tristam Shandy, livre baroque où il fait montre d'un profond don d'humoriste et de clairvoyance dans l'étude des comportements humains. Londres est charmée et Sterne invité dans la capitale où il devient un honneur de l'avoir pour hôte. Il écrit la suite de Tristam Shandy, qui aura sept tomes, et part en France pour se reposer où il est accueilli avec chaleur. Il s'éteint en laissant derrière lui le souvenir d'un esprit émancipé et une oeuvre parmi les plus riches et les plus originales de la langue anglaise.