L'histoire de la sorcellerie

Publié le par Théo

 Le bûcher des sorcières

 

Pour les religions constituées, la sorcellerie constitue une révolte sacrilège et diabolique contre Dieu. Quant aux pouvoirs d'État, ils la considèrent comme une contestation de la mainmise qu'ils font peser sur les masses. Il n'en va pas de même pour les sociétés préindustrielles ou pour les peuples sans écriture, les termes de « sorcellerie » et de « sorciers » y étant appliqués sans discernement. Aussi féticheurs et chamans ne sont-ils pas des sorciers au sens où on l'entendra ici.

 

Sorcellerie et hérésie

 

Dès le Ve siècle, les envahisseurs francs en Gaule entreprennent de réprimer la sorcellerie. En Espagne, le Code des Wisigoths punit par le fouet et par l'esclavage « les envoûteurs et les tempestaires ainsi que les évocateurs de démons ». L'Église est plus modérée : lors des conciles de Tours (567) et de Berghampstead (697), elle ne fait guère que confondre, dans une même réprobation, paganisme et sorcellerie. Malgré les menaces qu'ils comportent, les Capitulaires de Charlemagne identifient sorcières et sorciers à de simples idiots de village. Les châtiments vraiment sérieux ne viendront qu'avec la création de l'Inquisition. Instituée par la papauté pour lutter contre l'hérésie en 1199, cette dernière, qui est constituée de tribunaux ecclésiastiques, prend surtout effet à partir de 1233, lorsqu'elle est confiée aux Dominicains. La sorcellerie est alors identifiée à l'hérésie, définie par le droit canon comme « une erreur religieuse maintenue en opposition volontaire et persistante contre la vérité proclamée par l'Église ». On voit se multiplier les bulles pontificales combattant les jeteurs de sorts et les sorcières. Bien qu'ils se soient souvent mêlés de magie, faisant appel aux esprits du mal (la goétie), magiciens, alchimistes et astrologues, généralement bien en cour, semblent avoir moins souffert de cette condamnation, lancée, il est vrai, contre les plus humbles. Non sans quelque raison, l'Église subodore dans les pratiques de sorcellerie une forme (la seule possible, ou presque, eu égard à l'asservissement du menu peuple et surtout des femmes) de rejet à l'encontre de l'orthodoxie.

 

Multiplication des bûchers et des sorciers

 

Du XVIe au XVIIe siècle, l'Église catholique et, par la suite mais dans une moindre mesure, l'Église réformée ne cesseront de poursuivre et de réprimer la sorcellerie. L'Europe se couvrira de bûchers. En donnant autant d'importance aux puissances infernales, les premières bulles pontificales servent de caution à cette chasse aux sorcières où s'illustrent si tristement tant de tribunaux civils et religieux – civils surtout car l'Inquisition, contrairement à l'opinion commune, étant moins sévère. « Nous apprenons avec douleur, déclare Jean XXII en 1326, l'iniquité de plusieurs hommes, chrétiens seulement de nom. Ils traitent avec la mort et pactisent avec l'enfer, car ils sacrifient aux démons ; ils les adorent, fabriquent et font fabriquer des images, un anneau, un miroir, une fiole, ou un autre objet dans lequel ils renferment les démons par magie ; ils les interrogent, obtiennent des réponses, demandent du secours pour l'accomplissement de leurs désirs pervers, se déclarant esclaves fétides dans le but le plus répugnant. O douleur ! cette peste prend dans le monde des développements insolites, elle envahit de plus en plus le troupeau du Christ ». En 1437, ce sera au tour d'Eugène IV de fulminer contre les pratiques des sorciers.

En brossant un tableau aussi sombre de ce qui se passe dans la chrétienté, au point qu'il semble, à les entendre, que presque plus personne ne soit épargné, les papes ne font pas que tirer la sonnette d'alarme : ils font le lit de la sorcellerie et l'installent dans les mœurs. À un point tel qu'au pays de Labourd, en 1610, un Pierre de Lancre pourra, d'un cœur léger, envoyer au bûcher plus de cinq cents sorcières. Sans même parler d'Henri Boguet, de Nicolas Rémy ou de Peter Binsfeld, qui se vantait d'avoir à son actif quelques milliers de morts. Le grand juriste Jean Bodin n'est pas non plus en reste. Faut-il rappeler que Jeanne d'Arc elle-même avait été déclarée sorcière en 1431 ? Il n'est pas jusqu'au petit peuple qui n'approuve les accusations des juges, comme c'est le cas en Lorraine. La Renaissance, sur ce point, est une époque terrifiante. Le siècle de Descartes n'aura rien à lui envier. Éclatent, en effet, en 1609-1611 l'affaire Gaufridi (lire l'encadré ci-dessous) ; en 1633-1634, l'affaire des Ursulines de Loudun ; à partir de 1640, les possessions de Louviers... Or, qui dit possession dit sorcellerie.

À partir de l'édit promulgué par Louis XIV en 1682, qui met un terme à l'affaire des Poisons, la répression contre les ensorceleurs et les sorcières se fait moins féroce. Et, grâce à Voltaire et aux Encyclopédistes, qui mènent une campagne active contre les procès de sorcellerie, on ne signale que quelques exécutions de sorcières seulement au XVIIIe siècle.

 

(Sources encyclopédiques)

 

C’était aux alentours de 1580, le curé de la paroisse de Pourrières s’appelait Christol Gaufridi. La population n’atteignait pas les 800 habitants. Ce curé, originaire des Basses-Alpes, y avait un neveu, Louis Gaufridi, destiné à la profession de berger comme son père Mounet le lui avait appris. L’oncle curé se rendait de temps en temps dans sa famille à Beauvezer en Haute Provence. Trouvant à ce neveu une grande vivacité d’esprit et un appétit de savoir surprenant pour un garçon de son milieu, Christol Gaufridi parvint à convaincre les parents de Louis d’en faire un prêtre. Pour cela il le fit venir avec lui à Pourrières, où là, dans le vaste presbytère, l’enfant entouré de livres pieux, apprit de son oncle la lecture, l’écriture, des rudiments de latin, la liturgie ainsi que l’administration des sacrements. Sa soif d’apprendre le poussait à consulter tous les livres à sa disposition... et un autre, bien moins catholique, un vieux traité de cabale. Ce document contenait des dessins, des symboles et des figures qui passionnèrent le jeune homme qui en fit un de ses sujets d’étude favori. Nous ne savons pas si l’oncle était bien consentant à ces recherches, mais toujours est-il qu’il ne le lui interdit pas et Louis s’y adonna sans réserve. Il demeura à Pourrières jusqu’à ses 18 ans et partit à Arles poursuivre des études de théologie et perfectionner son latin. Il fut ordonné prêtre à Marseille et célébra sa première messe à Beauvezer, entouré de sa famille et de ses compatriotes. Il se fixa à Marseille en 1595, nous sommes sous le règne d’Henri IV. Il desservit plusieurs paroisses dont celle de Saint-Loup et devint curé des Accoules près du Vieux Port. De nos jours il ne reste plus que le clocher de cette église. Quartier chic à l’époque, cette paroisse était fréquentée par les hautes dames de la noblesse marseillaise. Ce jeune curé plaisait, il était bien fait, doué parait il des dons de la nature, et son charme opéra auprès de certaines de ses pénitentes. Mais ce qui surprit le plus, c’est qu’il était toujours passionné par l’ésotérisme et la sorcellerie, disait-on. Ceci lui valut bien des ennuis de la part des autorités du Diocèse. Mais cela ne l’empêcha pas de séduire particulièrement une certaine Madeleine de Demandolx, issue de la famille de Glandevès (une des branches alliées à celle de Pourrières). Louis Gaufridi aurait entraîné Madeleine dans des activités sataniques condamnables dans les grottes marseillaises. Leur liaison fit scandale et l’époux de Madeleine, peu complaisant, prit fort mal la chose, enfin toutes les choses, à son retour de guerre. Louis fut poursuivi pour sorcellerie, celle là même apprise chez son oncle à Pourrières ! Il fut condamné et brûlé le 30 avril 1611 sur la place des prêcheurs à Aix. Il lui fut accordé le « privilège » d’être étranglé par le bourreau avant d’être livré aux flammes, mais la corde s’étant enflammée avant de pouvoir remplir son office, il périt brûlé vif. Madeleine de Demandolx, quant à elle, fut exilée loin de Marseille et fut assignée à résidence à Châteauvieux dans le Haut-Var, près de Castellane.

Publié dans Petites histoires

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NoA 06/10/2006 10:09

Bonjour!
Je me permet de vous laissez un commentaire pour d'une part vous félicitez pour votre excellent blog,mais surtout pour vous remerciez: en tant qu'étudiant en histoire,vous me faites sortir agréablement de mes bouquins et autres revues "classiques",en donnant une forme originale et agréable à vos articles(qui sont eux-même passionants!!)
MERCI !! :-)
 

Théo 06/10/2006 11:48

Merci à vous, Noa, de votre fidélité.

sevy 24/05/2006 19:12

vous avez un excellent blog
si ca ne vous dérange pas je vous mets en lien du mien
je vous souhaite une bonne journée
à bientôt

Mr Chaussettes online 17/04/2006 17:13

j'adoooore cet article, mais il fait in peu froid dans le dos.

marie-madelaine 10/02/2006 09:44

c'est écrit trop petit

Merlin 06/06/2005 13:31

J'aime bien ces petites histoires. bravo pour le site bien réalisé