Les chevaliers du Portugal

Publié le par Théo

Demain soir, pendant la demi-finale de la Coupe du Monde de Football entre la France et le Portugal, regardez bien au dos des maillots portugais, vous y verrez une petite croix templière juste au dessus du nom du joueur (plus exactement, il s’agit d’une croix de l’Ordre du Christ – qui a remplacé l’Ordre du Temple au Portugal en 1317).
Je ne sais pas précisément pourquoi elle y est brodée, mais elle témoigne sans doute de la reconnaissance de l'état portugais envers ces deux ordres de chevalerie qui ont tant fait pour le Portugal au cours de son Histoire. Petit rappel…


Lorsque, vers 1040, commence la reconquête de la péninsule ibérique par les chrétiens, le royaume du Portugal n'existe pas encore, si ce n'est sous une forme bien embryonnaire à l'intérieur du royaume des Asturies. En effet, à l'ouest de ce réduit chrétien du nord de l'Espagne d'où naîtront les États de Lean, de Castille et d'Aragon, existe un comté qualifié de terre ou de province de Portucale, du nom même de sa principale agglomération que l'on connaîtra plus tard sous le nom de Porto.
C'est donc plus de cinquante ans avant que ne commencent les croisades au Proche-Orient que s'est amorcée une autre guerre sainte, dont l'objectif poursuivi pendant des siècles sera de rendre aux chrétiens l'ensemble de la péninsule. Des combattants étrangers, notamment français, viennent participer à l'effort de guerre en Espagne. L'un d'entre eux, Henri de Bourgogne, épouse Thérèse, fille du roi de Castille, et reçoit de son beau-père, en 1096,le comté de Portugal. C'est son fils Alphonse, vainqueur des Maures, qui se proclame roi en 1140 et voit son nouveau statut confirmé par ses voisins et par le pape. Son long règne est marqué par la lutte incessante qu'il mène contre les forces musulmanes ; à sa mort, en 1185, la vallée du Tage est entre ses mains et les villes de Santarém et de Lisbonne sont conquises. C'est dans ce ontexte que prend place l'implantation de divers ordres religieux-militaires.
Toute l'histoire de ces ordres dans la péninsule ibérique en général et au Portugal en particulier est caractérisée par deux faits essentiels : le premier, c'est qu'à côté des ordres à recrutement international que sont le Temple et l'Hôpital de Saint-Jean de Jérusalem - dont la présence est attestée très tôt dans la péninsule -, se sont ajoutés des ordres analogues mais à vocation «nationale», voués localement aux diverses tâches de la longue reconquête. L'autre fait majeur, c'est que dès le départ, les nécessités de cette guerre interminable ont incité les monarques des divers royaumes ibériques à tenter d'utiliser au maximum les ressources matérielles et humaines de tous les ordres, y compris celles des internationaux, plus tournés à l'origine vers la défense de la lointaine Terre sainte.

L'Ordre du Temple

À peine deux mois après la comparution du fondateur de l'ordre du Temple devant le concile de Troyes - dont le rôle allait être capital dans la reconnaissance et le développement de l'ordre -, l'un de ses compagnons reçoit une première donation importante au Portugal. Le 19 mars 1128, la reine Thérèse, veuve du comte Henri et tutrice de leur fils Alphonse, concède au Temple le château de Soure et ses dépendances. D'autres dons viennent s'ajouter rapidement. Ils ne sont pas nécessairement le fait de puissants seigneurs mais leur nombre est important. Ainsi, entre 1128 et 1130, 19 biens fonciers, dont plusieurs domaines ruraux, sont reçus en tout ou en partie par le Temple. En juin 1145, Sancie, fille de la même reine Thérèse, et son mari, donnent au Temple le château de Longrovia, en Estrémadure portugaise, ainsi que ses nombreuses dépendances dans le terroir de la métropole Braga. Dans cette même cité, l'archevêque Jean concède à l'ordre, la même année, une maison, un hôpital pour les pèlerins ainsi que la moitié des revenus ecclésiastiques de la ville ,y compris les dîmes. Parallèlement, les templiers pratiquent une politique active d'achats, qui se conjugue avec la piété des fidèles dont les legs testamentaires sont réguliers et importants.
Les premiers signes tangibles d'une présence permanente de l'ordre du Temple dans le royaume apparaissent à partir de 1143, année où un templier français, Hugues de Martone, est qualifié de procureur du Temple au Portugal. L'année suivante, la petite garnison templière du château de Soure est défaite lors d'un affrontement avec des troupes maures de Santarém. En 1147, les templiers ont leur revanche en participant à la prise de cette ville et l'ordre obtient du roi, pour prix de ses efforts, la faculté de recevoir tous les droits perçus à Santarém à titre religieux.
À la fin des années 1150, sous le magistère de Gualdim Pais, probablement le premier maître portugais du Temple dans le royaume, commence l'extraordinaire croissance de l'ordre. Durant cette décennie, le Temple reçoit du roi un important domaine agricole au confluent du Nabão et du Zézere et y entreprend la construction du château de Tomar, appelé à devenir le siège du Temple au Portugal, puis celui de son successeur, l'ordre du Christ. Une dizaine d'années plus tard, dans le cadre d'une vaste dotation de terres au sud du Tage mais qui demeurera lettre morte, le roi insiste pour que les ressources de l'ordre ne soient utilisées que dans le royaume, et notamment pour y poursuivre la reconquête.

La suppression des templiers

Le 30 décembre 1308, alors que l'affaire des templiers est déjà fortement engagée en France depuis plus d'un an, le pape ordonne au roi Denis de Portugal de faire arrêter les templiers de son ressort. Une commission d'enquête est créée dans le pays. Elle est présidée par l'évêque de Lisbonne et comprend le supérieur de l'ordre des franciscains ainsi qu'un juriste, Joao de Luis. Des templiers au nombre de 28 sont alors interrogés, ainsi que six autres témoins. Pour éviter que les biens du Temple ne tombent entre d'autres mains, le roi ordonne leur confiscation en janvier 1310, jusqu'à ce que l'Église statue officiellement sur l'ordre incriminé. L'enquête menée au Portugal, sans recours à la torture, ne dénote rien de condamnable contre le Temple ou ses membres et un concile provincial réuni peu après sur les suites à donner en arrive aux mêmes conclusions.

L'Ordre du Christ

Le roi Denis est inquiet des rumeurs selon lesquelles le pape songe à faire bénéficier l'Hôpital des biens du Temple. Les hospitaliers sont déjà fortement possessionnés sur la rive sud du Tage et leur destiner le temporel templier de la rive nord du même fleuve leur donnerait des biens d'une telle densité d'implantation dans cette zone stratégique qu'ils seraient sans doute capables de porter ombrage à l'autorité royale. Après quelques tractations, le roi obtient en 1319 que le patrimoine du Temple passe à un nouvel ordre, proprement portugais.
La bulle fondatrice accordée par le pape avignonnais Jean XXII le 14 mars 1319 proclame d'abord la naissance du nouvel ordre qu'elle désigne du nom de «Milice des combattants du Christ» et elle institue la forteresse de Castro Marim, située à l'extrême sud-est du pays, à l'embouchure du Guadiana, maison chêvetaine. Elle impose ensuite la règle de Calatrava à la nouvelle confrérie et nomme à sa tête Dom Gil Martins, l'ancien maître de l'ordre d'Avis. Elle transfère tous les anciens biens et droits du Temple à la nouvelle milice, mais la place sous l'autorité éminente de l'abbé cistercien du monastère d'Alcobaça, au diocèse de Lisbonne. Le père abbé se voit donc conférer le droit de visite et de correction sur toutes les maisons de l'ordre du Christ. Chaque maître de l'ordre devra ainsi prêter serment de fidélité à l'abbé, représentant en l'instance le souverain pontife. Enfin, la bulle prévoit qu'en cas de vacance à la maîtrise, une personne, à la fois militaire et religieuse, expressément professe du nouvel ordre, devra être choisie comme maître. Au siècle suivant, ce dispositif de protection ne pourra résister à la cupidité des souverains portugais, attisée par les importantes richesses de l'ordre.

Publié dans Petites histoires

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doudou 30/12/2007 21:27

très bon blog

Montoya 26/05/2007 11:54

Interest research.....Much information there on the templars...

DA COSTA 02/03/2007 23:24

Remarquable
Autres commentaires serais superflus

Dugas 18/09/2006 00:50

Bonjour, je viens de découvrir votre blog. Je m'y inscrie. Même si mon blog neparle pas du Moyen âge il touche tout de même l'histoire à partir de 1604. Histoire d'un peuple qui a survécu à un «génocide».
De l'Acadie (Canada)

Milo 05/07/2006 23:56

Eh bien, templier ou pas, ça ne leur a pas porté chance.