Le château fort

Publié le par Théo


L'expression château fort est récente, postérieure à la Révolution. Elle désigne la forme médiévale de résidence des anciens seigneurs. En ces temps le qualificatif était superflu. Le château, par nature, était fortifié. Il jouait un rôle éminent, complet et de façon autonome, dès l'origine vers la fin du Xe siècle et jusqu'au terme du Moyen Âge au XVe siècle.

Il représentait la capitale pour une sorte de principauté : la châtellenie, territoire sur lequel, par droit héréditaire, un châtelain exerçait toute l'administration. Chef militaire, ce dernier avait le pouvoir de police, il faisait rendre la justice, imposait les dépenses d'intérêt collectif directement aux usagers sous forme de service : les corvées, puis plus tard d'impôt en numéraire : les tailles. Maître du terroir, il en contrôlait l'économie, en gérait l'exploitation agricole : une partie directement comme un bien propre, le reste sous forme de « tenures », des concessions moyennant un loyer ou certaines redevances et des services (le guet au château par exemple) de la part des bénéficiaires. En outre il faisait obligation à tous les paysans d'utiliser ses fours, moulins et autres pressoirs et d'acquitter une taxe à chaque fois, il exigeait des péages ou encore des taxes commerciales quand les foires et marchés se furent développés.

Toute cette autorité il l'exerçait entièrement depuis le château : sa résidence modelée à dessein pour servir ses intérêts, son prestige et ses ambitions. Elle était conçue comme un camp retranché d'où, avec ses vassaux, sa famille, ses agents, ses soldats, il imposait sa loi.

Du vasselage à la féodalité

Dans l'ouest de l'Europe la notion de l'intérêt public s'était perdue avec l'effacement de l'Empire romain. Dans une société décousue, dominée par des chefs de guerre et des grands propriétaires, avec des individus libres et d'autres serfs, d'ethnies diverses, attachés à des lois et des statuts différents, les temps d'insécurité et les infortunes de l'existence ont forcé bien des hommes libres, pour défendre leurs droits, à chercherl'appui et la protection de plus puissants ou chanceux qu'eux. Le contrat de vasselage apparut au VIIe siècle. Coutume germanique il créait une subordination entre 2 personnes libres mais sans asservissement. Le « vassal » s'engageait librement au service et dans l'obéissance du maître de son choix : son « seigneur », en contrepartie d'une protection. Cet accord était irrévocable la vie durant. Les devoirs (l'hommage) du vassal pouvaient être sans limite sinon celle due à sa condition d'homme libre, excluant donc le travail dont étaient chargés les serfs. Le contrat écrit disparut au VIIIe siècle. Il suffisait que l'entrée en vassalité se fasse en public ; le vassal mettait ses mains jointes dans celles de son seigneur et prêtait serment de fidélité (la foi jurée). Dans une société pénétrée de croyances religieuses, le parjure était impensable.

Le lien de vassalité a fini par régir entièrement l'ordre social et politique. Charlemagne lui-même en a favorisé le développement. Il y a vu le moyen de s'assurer un encadrement militaire dévoué : lors des mobilisations ses vassaux lui fournissaient plus rapidement des contingents de cavaliers, eux avec leurs propres vassaux, et conduisaient tous les mobilisables de leur ressort. En effet il a dû les doter de « bénéfices » (ou fiefs dans l'appellation ultérieure) créés sur ses domaines. En ces temps d'économie uniquement rurale et sans commerce, la terre était la seule richesse.

Un principe était posé, germe du régime féodal. il s'imposa dans le contexte des razzias, croissantes au IXe siècle, de pillards étrangers : Sarrazins, Huns et surtout Vikings, et à la faveur du morcellement politique. Les provinces administratives : duchés, comtés, évêchés passèrent pour des biens héréditaires. Leurs détenteurs reconnurent les souverains carolingiens pour la forme seulement. Chacun de ces potentats provinciaux dut constituer des fiefs à l'exemple de Charlemagne pour se doter d'une force militaire et pour la même raison économique. Le vasselage devint la règle uniforme dans cette société militarisée.

 

Publié dans Petites histoires

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Lolbloblo 06/02/2011 09:59


Merci, sa m'a bien aider pour mon français!!


Théo Makarios 22/07/2011 03:12



Pas tant que ça, apparemment...



Mila Saint Anne 28/03/2008 23:00

Intéressant, mais l'image est mal choisie...
il s'agit d'une image tirée d'un ouvrage de Gallimard et représente le Château Gaillard des Andelys (27)...qui n'est pas un château seigneurial, mais une forteresse militaire !

Le Barde 21/06/2006 17:43

Merci pour toutes ces infos. Je ne cesse d'apprendre...
A très bientôt.